Noël 2016. Mima Ounessa veut annoncer à ses enfants son intention de retourner en Algérie. La matriarche vit comme une recluse depuis quarante ans à Belleville. Ses filles, Lila et Rania, ses fils, Aïssa et Mokhtar, ainsi que sa petite-fille Eva sont déboussolés : ils ne comprennent pas sa décision. Pour arriver à expliquer son choix et mettre des mots sur son envie de partir, Mima Ounessa va devoir revisiter son chemin et dire enfin sa vérité. La famille sortira-t-elle indemne de ce Noël sens dessus dessous ?

Qu’est-ce qu’on en dit ?

  • Recommandé par Elise Thiébaut du comité éditoriale de La Déferlante

Dans le blog « Mardi ça fait désordre » – 6 avril – François Bernheim

La vie vivante tout simplement

Dans un passé plutôt très passé, quand les petits bourgeois d’ici évoquaient une personne venant d’une famille « très simple », à mots couverts ils se positionnaient face à des gens qu’ils jugeaient inférieurs.

Aujourd’hui Sabrina Kassa avec son deuxième roman (1) « Un Noël chez les Zemmouri » redonne au mot simplicité toute sa noblesse, celle de l’authenticité si naturelle si spontanée qu’elle n’a nul besoin de faire semblant d’être autre chose que ce qu’elle est. Si le pilier de la famille Mima Ounessa a quitté l’Algérie avec son mari, c’est avant tout pour éloigner ce dernier de la belle Fatima. Cinq ans plus tard l’époux meurt dans un accident d’automobile. Mima va élever seule ses quatre enfants, Lila et Rania, Aïssa et Mokhtar. Cuisinière émérite elle travaillera d’arrache-pied pour leur donner une éducation, leur permettant d’évoluer à leur gré dans la société française. Le Noël prochain qu’elle va préparer avec ses filles et sa petite fille Eva, ne sera pas une fête comme les autres, elle compte leur annoncer une grande nouvelle celle de son retour en Algérie. Est-ce par fidélité à ses origines, est-ce par amour d’un grand -père qui l’a élevé avec amour ou tout simplement parce -qu’elle ne sent plus très utile ici ?

En tout cas ce n’est pas par idéalisation d’un pays en proie à la corruption et aux mœurs archaïques. En fait la révélation attendue qui apparait à comme la clé de voute du roman n’en est que le prétexte. Il s’agit de pénétrer l’univers de chaque personnage, Lila divorcée vivant aujourd’hui avec Léa. Elle est artiste, photographe, souffrant que son talent ne soit pas reconnu par sa mère,

Rania, DRH d’une agence de pub mariée à un ingénieur plutôt absent. Aissa son fils qui aurait sans doute dû être nommé directeur de travaux s’il avait été blanc de peau, Mokhtar, son autre fils, affecté par la tristesse de sa mère est marié à Caroline une  « Mahboula » convertie à l’lslam. Ces personnages ont en commun d’avoir le cul entre deux chaises. Eva la petite fille de Mima qui n’a jamais été en Algérie, l’exprime clairement  « Le va-et-vient entre deux mondes qui se lorgnent mais qui jamais ne se regardent, cela me fatigue. Je ne sais plus qui je suis, Française tout court, française à moitié, trois quarts, d’origine arabe, à moitié picarde, à moitié algérienne Je ne sais plus, c’est confus. »

Une série télé devrait s’emparer du sujet en nous donnant à voir les épisodes succulents d’une comédie où le spectateur voyeur jouirait de sa capacité à faire irruption dans un folklore désuet auquel il est par bonheur étranger. Le talent de la romancière Sabrina Kassa, son authenticité, fait qu’à la fois dehors et dedans, elle porte un regard respectueux et bienveillant sur des personnages attachants. Journaliste, elle sans complaisance vis à vis d’elle même et de sa profession. « De toute façon, avec ou sans le bla bla des journalistes, le monde aussi lui est devenu incompréhensible »

Ici, la vulnérabilité de ceux qui sont aussi de là-bas devient un élément de force. La fragilité relative des déracinés permet de comprendre le malaise de tous les individus mondialisés sans port d’attache, incapables de comprendre ce qui leur arrive.

Bien sûr il est hors de question de lever le voile sur la conclusion désopilante et prometteuse du livre. Les femmes, qui dans la culture maghrébine, n’ont pas la place qu’elles méritent devraient pouvoir l’apprécier. « C’est surtout le sourire des femmes qui a pris de l’éclat. C’est si rare d’entendre des histoires qui les mettent en valeur »

La tendresse de l’auteure ne va pas sans humour et même ironie. En effet à un « i »près on pourrait des Zemmouri d’origine arabe passer chez les juifs. D’ailleurs il n’est pas exclu que parmi les ancêtres des Ounessa il y ait des juifs Aujourd’hui Eva a un petit ami de confession israélite. Mais n’en déplaise à un sinistre Zemmour, quelle importance !  Avant que des états pervers ne les montent les uns contre les autres, juifs et arabes fraternisaient avec bonheur.

L’amour de la vie n’a que faire des châteaux de cartes identitaires. Le rappeler avec force aujourd’hui est une priorité. Tout simplement.

Après « Magic Bab El Oued », premier ouvrage remarqué où on suivait le parcours initiatique en Algérie d’Anissa, une jeune Française, Sabrina Kassa nous raconte cette fois-ci, presque en miroir inversé, l’histoire de Mima Ounessa, en France depuis 40 ans et qui a décidé de retourner vivre en Algérie.

Après la mort de son mari, cinq ans après leur arrivée en France, l’Algérienne Mima Ounessa doit élever ses quatre enfants seules dans le quartier populaire parisien de Belleville, multipliant les sacrifices pour qu’ils ne manquent de rien.

Hiver 2016, Noël approche. Mima Ounessa est musulmane mais elle aime bien Noël parce que cette fête lui permet de réunir autour d’un repas tous les gens qu’elle aime et les occasions se font de plus en plus rares depuis que les enfants ont quitté le domicile familial.

Cette année, Noël sera différent. Mima Ounessa va annoncer à ses enfants son retour au pays. Il y a ses filles, Lila et Rania, ses fils, Aïssa et Mokhtar, ainsi que sa petite-fille Eva. Pas un ne ressemble à l’autre, mais tous vont être déboussolés par l’annonce du départ de leur maman. Pour les convaincre de son choix, Mima Ounessa va devoir livrer quelques secrets…

Avec « Un Noël chez les Zemmouri », Sabrina Kassa poursuit son objectif entamé avec son premier livre : revisiter les mémoires entre les deux rives et ainsi permettre une meilleure transmission de l’histoire aux générations suivantes.

Le livre est parfois drôle, souvent émouvant, jamais cliché. Il permet de mieux comprendre la complexité des identités multiples.

« Un Noël chez les Zemmouri » tombe à pic alors que l’extrême droite n’a jamais été aussi forte dans notre pays.

2016, à Belleville, Mima Ounessa s’apprête à célébrer un Noël atypique avec sa famille. En effet, après 40 ans de présence dans une France où elle a fait tous les sacrifices pour élever ses quatre enfants suite à la disparition de son mari, Mima souhaite leur annoncer qu’elle rentre enfin en Algérie. Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu. Porté par une langue fluide, ce roman nous donne à voir des personnages touchants, tangibles et modernes. Au carrefour de plusieurs identités, les enfants de Mima Ounessa se disputent son attention et se cherchent sans parvenir à se comprendre mutuellement… Un fort joli roman familial dont l’autrice nous dévoile la gestation et la démarche.

C’est votre second roman le premier abordait également l’histoire franco-algérienne sous le prisme de la famille, qu’est ce qui en fait un texte particulier ?

Mon premier livre Magic Bab El Oued, paru en 2019, se déroulait en Algérie. Mon personnage principal venait de France, allait à la rencontre des membres de sa famille et découvrait leur secret. J’ai voulu ancrer celui-ci à Paris. La manière de camper les personnages est différente. Le précédent roman était polyphonique, pour faire parler des points de vue très éloignés. Celui-ci est porté par un narrateur omniscient, dans un lieu refuge qu’est l’appartement du personnage principal. Tout se déroule en très peu de temps et met en lumière de nombreux aspects intimes de mes personnages. Je suis passionnée depuis longtemps par l’histoire franco-algérienne que je tente d’aborder sous divers angles.

Parlez-nous de Mima Ounessa, le personnage principal, qu’avez-vous cherchez à transmettre à travers elle ?

Ce personnage s’est imposé à moi. Elle a beaucoup de ma mère avec pas mal d’autres éléments qui disent la manière dont ces femmes immigrées se sont autonomisées. A la base je l’ai créée pour une nouvelle il y a dix ans, puis elle a refait surface comme une évidence après mon premier roman. La nouvelle a constitué la première scène et j’avais à l’esprit la conclusion. Le cheminement a consisté en la construction des autres personnages et thématiques. Ce texte a une structure assez cinématographique ou théâtrale, qui permet de s’approprier les personnages et ambiances.

Les enfants de Mima ont des personnalités marquées et ne semblent pas toujours se comprendre, qu’est-ce que ça traduit ?

Bien que leurs rapports et personnalités soient entièrement fictionnelles, j’avais envie de souligner ce qui soude les femmes et ce qui les met en rivalité, les positions inconfortables et les dynamiques qui se mettent en place dans une fratrie. Certaines mères ont aussi la tendance à favoriser leurs fils, et ça a des effets sur les rapports des enfants, ça peut les éloigner. Par ailleurs, les non-dits familiaux, les secrets ont aussi un effet sur le groupe.

Un autre personnage attachant, Eva, petite fille de la famille, quelques mots à son propos ?

J’ai remarqué dans ma vie personnelle ou lors de mes échanges avec des gens qui ont vécu des histoires traumatisantes ou complexes, que la relation avec leur petits enfants est plus profonde et authentique qu’avec leurs enfants. Ce qui n’a pas pu être révélé à sa descendance est partagé avec la génération suivante. J’aimais l’idée que ces jeunes revisitent cette mémoire, ainsi que les clivages de genre. La parole s’étant libérée, cela permet enfin une transmission.

Votre roman est-il un livre qui rend hommage au féminisme de cette génération de femmes ?

C’est en effet un féminisme qui n’est pas vindicatif, pas classique selon des canons occidentaux, mais ces femmes étaient dans la nécessité de répondre à des besoins vitaux, dans l’action. Au final, le respect de la parole des femmes c’est bien, mais c’est encore mieux de pouvoir avoir le choix, ainsi que la marge de manœuvre qui permet d’agir en toute liberté. C’est ce que cette génération de femme a gagné. Je voulais aussi ancrer cette idée via l’évocation de toute la lignée de femmes à laquelle appartient Mima Ounessa. Elles ont influé sur sa capacité à rebondir face à la vie.